Je ne peux pas faire autrement que de commencer cette chronique par vous parler du style de Pascal Croci car c’est son dessin qui m’a spontanément attiré comme un papillon est inexorablement attiré par une lumière un soir d’été. J’ai été envouté par cette couverture dès que je l’ai vu et je remercie Nicolas (il se reconnaitra) pour son compte-rendu de lecture très attirant qui m’a convaincu de l’acquérir.
Les dessins sont magnifiques, tout en légèreté, les paysages et les décors sont splendides, traités dans une ambiance romantico gothique à l’aquarelle. Les personnages longilignes à la silhouette gracile me rappelle par moment l’univers de Tim Burton. Pascal Croci nous montre dans cet album combien il sait sublimer les femmes : Ellénore est tout simplement magnifique, tout en fragilité et douceur avec ces traits fins et ses couleurs pastels.

” malheur à l’homme qui, dans les premiers temps d’une liaison d’amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle”

Résumé de l’auteur : A tout juste 22 ans, Adolphe, caustique, charmeur, mène une vie dissolue qui ne l’empêche pas d’être promis à une brillante carrière. Lors d’un dîner, il rencontre la troublante Ellénore, polonaise, de 10 ans son aînée et mariée. Ce n’est pas un obstacle pour ce jeune homme habitué à obtenir tout ce qu’il désire. À force d’empressement, il fera plier Ellénore mais « en croyant gagner son corps, c’est toute son âme qu’il a obtenue ». Ellénore est prise d’une passion dévorante pour Adolphe, passion qu’il est bien incapable de partager et qui va précipiter leurs vies à tous deux dans le chaos.
Cet album est une adaptation du roman de Benjamin Constant, auteur du XIX e siècle qui traite de la passion amoureuse et qui est considéré comme un « classique » de la période romantique. La particularité de cette adaptation est qu’elle décrit cette relation passionnelle sans aucun dialogue.

Non pas qu’il n’y ait pas de texte du tout, bien au contraire, mais Pascal Croci a pris le parti de dépeindre cette relation du point de vue uniquement du jeune homme en reprenant le texte du roman ce qui, je trouve, peut rebuter certains lecteurs. En effet, la lecture n’est pas toujours fluide car il faut s’attarder sur certaines bulles en raison des tournures de phrases complexes et des termes plus vraiment usités.
Voici un extrait des premières bulles qui rapportent les pensées d’Adolphe à la vue de la belle Ellénore.
« Le dessein de lui plaire, mettant dans ma vie un nouvel intérêt, animait mon existence d’une manière inusitée. Je ne croyais point aimer Ellénore, mais déjà, je n’aurais pu me résigner à ne pas lui plaire. »

Cette relation amoureuse qui dévore Ellénore, et qui va vite devenir déséquilibrée, se traduit par une alternance de pages colorées et de pages en quasi noir et blanc lorsque la réalité de cet amour unilatéral détruit l’héroïne à petits feu. Ce déséquilibre est mis en lumière aussi par le fait que les deux amants ne partagent quasiment aucune case ensemble. Comme sur la couverture, Ellénore est seule face à son amour et à l’absence de son amant tant physique que sentimentale comme pour expliquer cet amour en sens unique.
Un très bel ouvrage qui trouvera une bonne place dans mon placard et que je ne serai que vous conseiller de découvrir.

Adolphe
Scénario et dessin : Pascal Croci
Inspiré du livre de Benjamin Constant
Parution : mars 2013
Editeur : Emmanuel Proust Editions (rachetées par les éditions Paquet)
Format : Grand format
Planches : 50

Pour en savoir plus sur cet album,
n’hésitez pas à visiter le site des éditions Paquet