Pour moi, l’automne commence par un vrai coup de cœur avec cette fable animalière qui prend racine dans le célèbre livre de George Orwell « la ferme des animaux ». Le sujet, très fort, dénonce l’autoritarisme mis en place par le taureau Silvio pour le bien de « tous » les animaux (bien sûr) mais surtout pour le sien et celui de sa meute de chiens qui dirige la ferme par la terreur.

Mais ce qui m’a embarqué tout de suite, c’est cette couverture « magique » qui joue sur la lumière et la pénombre pour présenter deux des protagonistes de cette fable : Silvio le taureau tyran et Miss B, la frêle petite chatte blanche, qui va se rebeller contre son autorité.
Et lorsque l’on parcourt les pages, on s’extasie devant le coup de crayon exceptionnel de Félix Delep qui fait preuve d’une extrême maitrise dans la représentation des animaux : un bestiaire caricatural expressif et dynamique s’anime dans une mise en page travaillée et efficace pour transcrire la tension présente au sein de la ferme. Il s’agit de son premier album de BD, et là, je dois dire qu’il transforme l’essai avec beaucoup de brio.

« Seule ma force est capable de vous protéger des meutes de loups affamés » aime t’il rappeler à ses sujets qui rêvent de liberté et d’égalité.

Le premier tome plante le décor et nous montre cette république des animaux, mise en place au départ des hommes, et qui a tournée à la dictature. Dorénavant, c’est Silvia, le taureau mastodonte qui domine toute la ferme de sa puissance et qui dicte sa loi, secondé par sa milice de chiens.
« Seule ma force est capable de vous protéger des meutes de loups affamés » aime t’il rappeler à ses sujets qui rêvent de liberté et d’égalité.
Encore une fois, le scénariste Xavier Dorison nous gâte avec une belle réinterprétation de l’œuvre de George Orwell, sans concession (la violence et l’injustice de la dictature) et avec de beaux portraits telle la magnifique Miss Bengalore (chatte peureuse et protectrice), le lièvre dandy et séducteur ou le rat sage et fomenteur de la prise de conscience collective qui va lancer le vent de la rébellion.

Pour mémoire, le roman de George Orwell, écrit pendant la Seconde Guerre mondiale, tient à la fois du pamphlet politique et de la fable animalière. La trame en est simple : pour dénoncer le stalinisme, il utilise la métaphore des animaux qui se révoltent contre leur maître humain et mettent en place une république, entre les animaux de la ferme, qui se veut égalitaire. A force de travail et d’opiniâtreté, ils font prospérer la ferme et dans le roman d’Orwell, ce sont les cochons qui accaparent le pouvoir et le produit du travail. Usant de la manipulation, de la propagande, de la terreur, ils mettent peu à peu en place un pouvoir totalitaire. Et finissent par être en tous points similaires à celui qu’ils ont chassé de la ferme : l’homme.


Résumé de l’éditeur :
Quelque part en France, niché au cœur d’une ferme oubliée des hommes, le Château des animaux est dirigé d’un sabot de fer par le président Silvio… Secondé par une milice de chiens, le taureau dictateur exploite les autres animaux, tous contraints à des travaux de peine épuisants pour le bien de la communauté…

Miss Bengalore, chatte craintive qui ne cherche qu’à protéger ses deux petits, et César, un lapin gigolo, vont s’allier au sage et mystérieux Azélar, un rat à lunettes pour prôner la résistance à l’injustice, la lutte contre les crocs et les griffes par la désobéissance et le rire…

Une lecture magique qui vous embarque totalement et vous laisse frustrer tant l’attente de la suite va nous sembler longue.

Le château des animauxT1 : Miss Bengalore
Scénario : Xavier Dorison
Dessin : Félix Delep
Parution : septembre 2019
Editeur : Casterman
Format : Grand format
Planches : 66

Pour en savoir plus sur cet album,
n’hésitez pas à visiter le site des éditions Casterman