« Je m’appelle Fiona Flanagan. Vous ne me connaissez pas, général Zaroff… Et pourtant, il y a peu, vous avez changé ma vie. En tuant mon père, lors d’une de vos sordides chasses à l’homme. Je me propose de vous rendre la pareille ! Mes hommes ont retrouvé votre soeur cadette et ses trois enfants. Ainsi que l’île qui vous sert de repaire… Et cela m’a donné, à mon tour, des envies de chasse ! Qui, de vous ou moi, trouvera votre soeur et ses enfants en premier ? À l’instant où vous lirez ces mots, ils seront déjà sur votre île. Si c’est moi qui les rattrape, je les tuerai. Si c’est vous, il vous faudra les défendre. Car je n’aurai de cesse de tous vous chasser et de tous vous abattre. Afin qu’il ne reste aucun Zaroff en vie dans ce monde. »

Nous devons d’abord retrouver ma sœur et ses enfants. Puis nous leur ferons payer leur arrogance. Je m’en réjouis d’avance, car vois-tu, Radimir …. je le sens au plus profond de moi … cette chasse s’annonce sublime !

Beaucoup connaissent le Comte Zaroff au travers du film des années 30 « La chasse du Comte Zaroff », lui-même tiré d’une nouvelle de Richard Connell (the most dangerous game), dans lequel ce riche héritier russe ayant fui la révolution de 1917 s’adonne à la chasse à l’homme dans son île privée. En déplaçant des balises en mer, il favorise les échouages des bateaux voguant à proximité et prend en chasse les survivants.
Cet album imagine une suite à l’histoire originelle et commence par nous rappeler le contexte en nous montrant la mise à mort de l’une de ses dernières proies, Stuart Flanagan, qui se trouve être le chef d’un puissant clan irlandais de Boston. C’est ainsi que sa fille et unique héritière Fiona va imaginer une vengeance qui met en scène la propre sœur de Zaroff et ses enfants au centre d’une partie de chasse sans pitié. Qui de Fiona l’Irlandaise, ivre de vengeance ou de Zaroff, le chasseur sanguinaire, trouvera en premier ces proies innocentes et fragiles ?
La partie de chasse s’engage mais le rapport de force chasseur / chassé risque fort de s’inverser. Fiona et son clan d’Irlandais ont l’avantage du nombre mais ils se trouvent sur le territoire du comte qui va se révéler un gibier bien plus coriace qu’ils ne l’imaginent.

Les événements vont prendre une tournure totalement différente avec des acteurs qui vont passer tour à tour du rôle de chasseur à celui de proie. L’ambiguïté des rôles va jouer un rôle primordial dans l’histoire car finalement nous sommes en droit de nous interroger sur qui sont les méchants et qui sont les gentils, si toutefois il y en a. Le comte Zaroff, le méchant charismatique qui se retrouve pourchassé à son tour par une quarantaine de mafieux irlandais, plus venus contester l’autorité de Fiona, l’héritière, que pour venger la mort de leur patron. Et comment vont réagir la sœur de Zaroff et ses enfants pris pour cibles pour satisfaire le besoin de vengeance de Fiona ?

Un autre protagoniste a toute sa place dans cette histoire, il s’agit de l’ile, elle-même, qui est traitée comme un acteur à part entière avec ses décors incroyables et des panoramas sublimes. Si elle est particulièrement bien traitée et attirante graphiquement, elle n’en demeure pas moins inhospitalière avec ses crocodiles, ses jaguars et autres dangers qui guettent les protagonistes à chaque instant. Et pour compliquer le tout, une tempête se déclare pour ajouter encore plus de violence dans la chasse qui s’est engagée. Et dans de telles conditions, difficile de prévoir qui sortira vivant de cette terrible et mortelle chasse à l’homme.
Le travail de François Miville-Deschênes est somptueux, extrêmement détaillé et réaliste ce qui lui permet de plonger les acteurs dans des décors magnifiques ce qui rend le terrain de chasse encore plus réaliste. Les acteurs sont extrêmement bien représentés même si certains sont un peu caricaturaux, le comte, lui, finirait presque par devenir attachant dans son rôle de grand frère protégeant sœur et neveux. Fiona, la chasseuse, est, elle aussi, très réussie dans son rôle d’orpheline venue venger son père accompagnée d’une quarantaine d’hommes de mains pas tous fidèles. Il faut rappeler que l’action se déroule en 1932 et qu’à cette époque, il est difficilement concevable de laisser la tête d’une entreprise à une femme, et encore moins la tête d’un clan mafieux.

Au final, l’histoire est dure, cruelle et se transforme en une sorte d’épreuve du feu mortelle dans laquelle les protagonistes montrent leur vrai visage et vont révèler des ressources insoupçonnées pour sauver leur peau.
Je dois dire que, malgré le sujet abordé, j’ai pris un plaisir coupable à le lire tant le dessin et le scénario nous emportent d’une traite sans nous laisser le temps de souffler.
Je vous recommande chaudement ce récit de survival, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin … qui pourrait en surprendre plus d’un !

Zaroff
Scénario : Sylvain Runberg
Dessin & couleurs : François Miville-Deschênes
Parution le 24/05/2019
Editeur : Le Lombard
Format : Grand format
Planches : 76

Pour en savoir plus sur cet album,
n’hésitez pas à visiter le site des éditions Le Lombard